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Azerbaïdjan - Tortures et incarcération pour un graffiti

La lettre est adressée à Monsieur Ilham Aliyev, Président de la République

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Écrivez avant le 28 février 2017


Source : Amnesty international


Bayram Mammadov et Giyas Ibrahimov, deux étudiants, membres du mouvement pour un changement démocratique non-violent NIDA (« exclamation » en azéri), risquent des années d’emprisonnement pour un simple graffiti.

Ils ont exprimé leur mécontentement en utilisant le seul moyen qu’ils connaissaient. N’en pouvant plus d’un régime toujours plus autoritaire, les étudiants Bayram Mammadov et Giyas Ibrahimov ont décidé de fêter de manière sarcastique l’anniversaire du défunt président du pays, Heidar Aliev (1923-2003), dont le fils, Ilham, est au pouvoir. Sur un monument à l’effigie de l’ancien chef de l’Etat, ils laissent deux inscriptions, « Joyeuse fête de l’esclavage » et « Nique le système », accompagnées d’un graffiti anarchiste.

Les deux jeunes hommes ont publié le 9 mai 2016 sur Facebook une photo de leur graffiti. Ils ont été arrêtés quelques heures après, et inculpés de détention de stupéfiants. Bayram et Giyas disent que les policiers ont caché sur eux de l’héroïne. Le fait qu’ils aient été arrêtés peu de temps après avoir écrit sur la statue, et qu’ils aient été interrogés uniquement au sujet du graffiti, montre bien que ce chef d’inculpation a été forgé de toutes pièces.
Ils ont été violemment battus et forcés à faire de faux aveux. Au poste, les policiers ont demandé à plusieurs reprises aux militants de s’excuser publiquement d’avoir insulté Heidar Aliev et les ont frappés lorsqu’ils ont refusé. Ils les ont également forcés à nettoyer les toilettes du commissariat et les ont filmés pendant qu’ils le faisaient, dans le but de les humilier. L’acharnement ne s’arrête pas là. « Ils m’ont ôté mon pantalon et menacé de me violer avec une matraque. J’ai été obligé de faire des aveux et de signer une déclaration qu’ils avaient déjà rédigée », a témoigné Bayram Mammadov depuis la prison où il purge depuis fin décembre 2016, tout comme son camarade (depuis octobre), une peine de dix ans de prison.

Contexte

Bayram Mammadov et Giyas Ibrahimov ne sont pas seuls à être dans ce cas. « Il est difficile d’avoir un chiffre exact, mais on estime qu’il y a au moins une centaine de prisonniers politiques dans le pays », explique Turgut Gambar, un des fondateurs de NIDA. Trois autres membres du mouvement sont aussi en prison pour avoir protesté dans les rues ou sur les réseaux sociaux contre le gouvernement. Même motif invoqué : trafic de drogue.
Alors que le pouvoir en place multiplie les efforts pour redorer son image, comme lors de l’organisation des premiers Jeux européens à Bakou en 2015, les fréquentes arrestations d’opposants et le conflit avec les séparatistes du Haut-Karabakh nourrissent les critiques sur la poigne de fer du régime, en place depuis l’indépendance du pays en 1993. « Le gouvernement utilise les réseaux sociaux pour contrôler l’opposition et savoir qui fait quoi », commente M. Gambar.

Traduction de la lettre :

Monsieur le Président de la République,

À la suite d’informations communiquées par l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT Luxembourg), je tiens à vous faire part de ma profonde préoccupation au sujet de la situation de Bayram Mammadov et Giyas Ibrahimov. Ces étudiants, âgés de 21 et 22 ans, sont incarcérés depuis le 10 mai 2016 après avoir dessiné un graffiti satirique à caractère politique sur la statue de l’ancien Président de la République et l’avoir publié sur Facebook.

Les deux jeunes ont été frappés et forcés à signer une confession selon laquelle ils détenaient de la drogue alors qu’ils n’ont été interrogés que sur le graffiti qu’ils avaient fait. MM. Mammadov et Ibrahimov ont été condamnés à 10 ans de prison respectivement en octobre et en décembre 2016.

Monsieur le Président de la République, considérant que Bayram Mammadov et Giyas Ibrahimov ont été arrêtés simplement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression, je vous demande de :

  • vous assurer qu’ils soient libérés immédiatement et que les fausses charges pour détention de stupéfiants soient abandonnées,
  • garantir une enquête effective, rapide et impartiale sur les allégations de torture de Bayram Mammadov et de Giyas Ibrahimov, et traduire en justice les personnes responsables.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération.

 
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