Mouvements
 

Donner ma voix à ceux qui sont sans voix

Un entretien de Monique Rupert, présidente sortante de l’ACAT,
avec Barbara (17 ans) et Maité (16 ans)

Depuis 2005 – avec seulement quatre ans d’interruption – Monique Ruppert a prêté sa voix aux victimes de la torture du monde entier en tant que présidente de l’ACAT Luxembourg. Elle est parvenue à faire entendre la cause des droits de l’homme dans la société luxembourgeoise et dans les églises locales. Elle a toujours attaché une importance particulière au contact avec les jeunes dans différentes écoles. Monique est ainsi venue régulièrement au Fieldgen pour y animer des ateliers sur la défense et la promotion des droits de l’homme. Elle a également accompagné avec grand intérêt l’engagement des élèves à l’occasion de la Journée des droits de l’homme du 10 Décembre. Durant son entretien avec Maité et Barbara, deux élèves du petit groupe ACAT du Fieldgen, Monique a livré ce qui la touche et la mobilise.

C’est en 1996, en pleine guerre des Balkans, que Monique a commencé à s’engager pour les droits de l’homme. Profondément affectée par la détresse des réfugiés, elle a décidé de consacrer le temps libre dont elle disposait, ses enfants étant devenus adultes, à l’ACAT. À cette époque, comme aujourd’hui d’ailleurs, les réfugiés arrivaient au Luxembourg après avoir vécu des expériences douloureuses de non-respect des droits de l’homme et même parfois aussi de torture. « Qui va les aider si nous ne le faisons pas ? » Monique a répondu à cette question en prenant des responsabilités dans le conseil de l’ACAT et en acceptant la fonction de présidente en 2005. Au sein de l’ACAT, elle a pu vivre le lien qui unit christianisme et engagement social : le message de l’Évangile est un appel à changer la société. C’est par la solidarité vécue que la foi en Jésus-Christ devient concrète.

Quand on parcourt la liste de toutes les activités que Monique a assurées en tant que présidente, on imagine combien d’heures elle a passées avec et pour l’ACAT : représenter et organiser l’ACAT, entretenir les relations avec le gouvernement et les églises locales, travailler en réseau avec les autres organisations de défense des droits de l’homme, assurer les relations publiques et la présence dans les médias, informer régulièrement les membres avec le bulletin de l’ACAT, organiser des conférences publiques sur le thème des droits de l’homme, veiller au bon fonctionnement du secrétariat et optimiser son travail, recruter de nouveaux membres, intervenir auprès de l’UE, de l’ONU et de la FIACAT. Durant ces dernières années, l’ACAT a été également active sur le plan politique au Luxembourg. Pensons par exemple à la « vigilance » en prison, en particulier auprès des mineurs, et à l’expulsion des réfugiés. Tout ceci n’a été possible que grâce à l’engagement des différents membres de l’ACAT dans un travail d’équipe que Monique a coordonné avec rigueur et compétence.

Pour Monique, une expérience très importante fut la rencontre avec des personnes qui l’ont impressionnée par leur engagement et leur dévouement envers les droits de l’homme. Elle évoque Michael Lapsley, victime d’un attentat à la bombe dans une lettre piégée en Afrique du Sud qui s’est engagé dans un travail de réconciliation en fondant un institut pour la guérison des mémoires, et Mahmood Amiry-Moghaddam, le fondateur et porte-parole d’Iran Human Rights, une organisation qui lutte contre la peine de mort en Iran.

Monique constate que l’application et le respect des droits de l’homme, notamment en ce qui concerne la torture, ne se sont pas nécessairement améliorés depuis les attentats du 11 septembre 2001. Sous prétexte de lutte contre le terrorisme, elle observe que la portée universelle de l’article 5 de la Déclaration des droits de l’homme – « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants » – a été affaiblie. La génération actuelle n’a pas connu les horreurs de la seconde guerre mondiale qui ont suscité une profonde réflexion sur les droits de l’homme. L’augmentation de l’individualisme, la peur des étrangers et le refus d’être confronté à la souffrance d’autrui sont très répandus. Voilà pourquoi il est d’autant plus important de sensibiliser et de motiver la jeune génération à l’engagement pour les droits de l’homme.

À la question « Qu’attends-tu de la jeunesse ? Quel genre d’engagement est-il important pour toi ? », Monique répond par la Règle d’Or : « Fais aux autres ce que tu aimerais qu’ils te fassent. » Cette règle, que l’on retrouve dans toutes les grandes religions, invite à se mettre dans la peau des autres pour chercher à comprendre ce qu’ils vivent : ceux qui fuient, ceux qui sont poursuivis comme opposants politiques, ceux qui sont victimes de discriminations racistes, ceux qui n’ont pas le droit de pratiquer leur religion. Monique adresse ce message aux adolescentes qui l’interviewent : « Essayez de comprendre l’injustice et d’agir, intervenez, défendez vos idéaux, engagez-vous pour la justice, la paix et l’environnement. Ne vous laissez pas effrayer, soyez courageuses. Il est important de pouvoir être fier de soi et de ne pas se laisser faire. »

Pour terminer, Monique livre aux deux jeunes une citation d’Elie Wiesel :

« Il peut y avoir des moments où nous sommes impuissants à empêcher l’injustice, mais il ne doit jamais être un moment où nous ne parvenons pas à protester. »

Chère Monique, merci pour cet entretien, merci pour ton engagement durant toutes ces années, merci de soutenir le nouveau conseil, merci de rester active au secrétariat, dans le comité de rédaction du bulletin et PLUS ENCORE à l’ACAT !

Christina Fabian-Heidrich

Voici un autre petit texte que Monique a apporté pour l’interview :

Mon frère,
sur un sentier raide et pierreux,
j’ai rencontré une petite fille
qui portait sur le dos son jeune frère.
- « Mon enfant, lui dis-je,
tu portes un lourd fardeau. »
Elle me regarda et dit :
- « C’est n’est pas un fardeau,
Monsieur, c’est mon frère ! »
Je restais interdit.
Le mot de cet enfant
s’est gravé dans mon cœur.
Et quand la peine des Hommes m’accable,
que tout courage me quitte,
le mot de l’enfant me rappelle :
« Ce n’est pas un fardeau que tu portes,
c’est ton frère. »

Extrait de « L’Arc-en-Ciel »

Deutsche Fassung in Bulletin ACAT Luxembourg été 2016

 
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