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L’inclusion des femmes est un moyen de promouvoir les changements nécessaires

Le Père Arturo Sosa,SJ aux Voices of Faith lors de la Journée internationale des femmes


Photo:http://en.jrs.net

Remuer l’eau – Rendre possible l’impossible

Je voudrais remercier Voices of Faith et le Jesuit Refugee Service (Service jésuite des réfugiés -JRS) qui m’ont invité à célébrer ici aujourd’hui avec toutes les personnes présentes la Journée Internationale des Femmes.
Je saisis l’occasion pour remercier en particulier les femmes qui prendront la parole aujourd’hui, ces femmes qui font la différence dans leurs familles et leurs communautés, surtout dans les coins les plus reculés de la planète. Notre monde traverse une période difficile actuellement et il nous appartient de faire face et de travailler ensemble en tant que femmes et hommes de foi.
Vous le savez, le thème général retenu cette année pour célébrer la Journée Internationale des Femmes est le suivant : Ayons l’audace du changement. Ici, au Vatican, au centre physique de l’Eglise, Voices of Faith et le JRS veulent rendre l’impossible possible. Surtout ici à Rome, c’est vraiment faire preuve d’audace ! Je voudrais exprimer en quelques mots ce qu’un tel sujet représente pour moi en tant que général de la Société de Jésus et membre de l’Eglise catholique. Nous devons avoir une foi qui nous donne l’audace de rechercher l’impossible, puisque rien n’est impossible à Dieu. Retrouvons la foi de Marie qui comme femme ouvrit son cœur à la possibilité de quelque chose de neuf: devenir la mère du Fils de Dieu.

JRS : La Résilience

Vous le savez sans doute, je viens d’Amérique latine, un continent où des millions de personnes ont été déplacées. La Colombie, avec presque 7 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, détient le record mondial en la matière; un nombre disproportionné d’entre elles sont des femmes et des enfants. J’ai travaillé pendant dix ans à la frontière entre la Colombie et mon Venezuela natal. J’ai assisté en personne aux souffrances subies par ceux et celles obligés de tout abandonner pour survivre.
En Colombie, notamment les femmes et les jeunes filles sont parmi les plus vulnérables en raison d’une violence endémique due à des décennies de conflit. Elles risquent d’être recrutées par des militaires et de devenir victimes de l’une ou l’autre des formes modernes d’esclavage, y compris les abus sexuels et le trafic d’êtres humains. Beaucoup d’entre elles fuient vers les pays voisins et doivent généralement subvenir elles-mêmes aux besoins de leurs familles.
J’ai aussi pu constater la résilience de ces femmes. En dépit des traumatismes subis, les femmes trouvent souvent le moyen non seulement de survivre, mais encore de surmonter toutes les difficultés de l’exil et de l’émigration forcée. La résilience, c’est ce qui nous permet d’avancer et d’envisager un avenir. La résilience est indispensable pour rendre l’impossible possible. Prenons un exemple.
Le JRS est présent à la frontière colombo-vénézuélienne depuis plus de dix ans. Pendant cette période, il a proposé à des femmes originaires de Colombie de faire appel à l’art pour y découvrir une possibilité de résilience.
Tandis qu’elles s’expriment ainsi grâce à leur créativité artistique, les femmes échangent aussi leurs expériences de vie et créent des réseaux de soutien mutuel améliorant leur bien-être psycho-social. Un tel environnement favorise la rencontre et l’écoute mutuelle – en d’autres termes la résilience. La résilience donne le pouvoir aux femmes et fait naître l’espoir, suscitant une éventuelle réconciliation avec leur passé, avec ceux qui les ont blessées et avec leur voisinage actuel. La réconciliation exige du courage et trop souvent, même en 2017, le courage des femmes, leur résilience, sont méconnus et sous-estimés. En forgeant des liens humains, la résilience recrée le tissu communautaire. Certains diront qu’une telle résilience n’existe pas : JRS et Voices of Faith ne sont pas de cet avis.

Le monde : Collaboration

En tant que membre de la communauté humaine, chacun de nous est probablement sidéré par la situation qui règne dans le monde. Le nombre de personnes déplacées a atteint un niveau record sans précédent et entraine partout des souffrances humaines indicibles. La plupart de ces exils forcés sont dus à des conflits. Au niveau mondial, le nombre de personnes déplacées dépasse actuellement 65 millions, une personne sur 113 est un demandeur d’asile, une personne déplacée à l’intérieur de son pays ou un réfugié.
Nous devons réfléchir à la manière de relever ce défi en tant que communauté humaine. A cet égard, je ne saurais trop souligner la nécessité d’une collaboration entre hommes et femmes. C’est seulement en travaillant ensemble que nous pourrons réaliser ce qui nous paraît aujourd’hui impossible : une humanité réconciliée, vivant en paix dans une maison commune bien ordonnée, où chacun a sa place parce que nous nous reconnaissons tous comme frères et sœurs, fils et filles d’un même Dieu, qui est notre mère et notre père à tous. Nous devons collaborer, nous soutenir, apprendre les uns des autres. Il semble quasi impossible d’imaginer que des endroits comme la République Centrafricaine, ou le Soudan du sud, ou la Colombie puissent un jour jouir de la paix. Aurons-nous l’audace de rêver que des femmes et des hommes travaillant ensemble puissent apporter la paix à ces régions ? Je pense que ces impossibilités pourront plus facilement se transformer en réalité tangible si on donne aux femmes une plus grande place dans la conversation.
Le fait qu’Angela Merkel ait été la personnalité la plus courageuse et la plus visionnaire en Europe pendant cette période de migrations forcées phénoménales ne m’étonne pas. C’est avec compassion qu’elle a regardé ceux qui étaient dans le besoin et par sa vision du monde, elle a compris qu’ils apporteraient une contribution à l’Allemagne et à l’Europe. Une autre personnalité politique de premier plan est Ellen Johnson Sirleaf, la présidente du Liberia. Par son engagement et sa vision, elle a apporté la paix et la réconciliation dans son pays d’une manière que la plupart des hommes jugeaient impossible.
En même temps, c’est un fait que pour un même travail, les femmes ne sont généralement pas payées, ou moins payées que les hommes. En Occident, pour chaque dollar ou euro gagné par un homme, la femme reçoit en moyenne 70 cents. Cet écart ne fait que croître dans les pays en développement.
De nos jours, nombre d’entre nous regardent le monde à travers le prisme de la xénophobie ou de l’étroitesse d’esprit, un parti pris qui semble bien se nourrir de la discorde et de la marginalisation. Dans la revue jésuite America, la commentatrice politique Cokie Roberts, fille de deux anciens membres du Congrès, l’exprime en quelques mots : « …Le Congrès a besoin de plus de femmes, parce qu’alors, Washington se mettrait peut-être - et seulement peut-être -au travail. »
Nous pouvons enregistrer précieusement l’expérience de femmes travaillant dans la sphère publique, voir comment elles collaborent, et nous laisser inspirer par leur courage. Ce sont là des histoires reflétant l’impossible.

L’Eglise catholique : intégration

Le rôle des femmes dans l’église peut être décrit, et a été décrit, de bien des façons : gardiennes de la foi, colonne vertébrale de l’Eglise, image de Marie parmi nous. Nous autres jésuites sommes pleinement conscients du rôle joué par les femmes dans nos ministères : des laïques et des religieuses sont présidentes et directrices d’école, dirigent des maisons de retraite, enseignent, ou assument toute autre fonction. Vous savez probablement que les exercices spirituels, qui sont le fondement de la spiritualité jésuite, ont été établis par St Ignace de Loyola avant même la fondation des jésuites. Notre spiritualité est ouverte à tous, femmes et hommes désireux de devenir des femmes et des hommes avec les autres et pour les autres.
Dans l’Eglise au sens large, tous ne sont pas d’accord sur le rôle réservé aux femmes à l’époque actuelle. Comme le Pape François l’a dit, les femmes jouent un rôle fondamental dans la transmission de la foi et représentent une force quotidienne au service d’une société porteuse de cette foi et de son renouvellement. Il est certain que l’enseignement de l’Eglise met en avant le rôle de la femme dans la famille, mais l’importance de leur contribution à la vie de l’Eglise et de la société est également soulignée. Le texte de la Genèse, qui parle de femmes et d’hommes créés à l’image de Dieu, ainsi que la relation prophétique établie par Jésus avec les femmes dans l’Evangile, illustrent cet aspect.
Le Pape François a parlé sans ambiguïté du rôle des femmes dans la prise de décisions et de responsabilités au sein de l’Eglise. Il a également créé une « Commission d’étude sur le diaconat des femmes » afin d’explorer l’histoire et le rôle des femmes dans cette structure ecclésiale.
Mais pour être honnêtes, nous devons reconnaître que l’heure d’une pleine participation des femmes à la vie de l’Eglise n’a pas encore sonné.
Une telle intégration, qui ferait bénéficier encore davantage l’Eglise des dons de résilience et de collaboration propres aux femmes, reste problématique à beaucoup d’égards. Le Pape a souligné un aspect : il nous faut travailler davantage à l’élaboration d’une véritable théologie au sujet des femmes. J’ajouterai que, pour intégrer valablement le rôle des femmes, une ecclésiologie…une étude de l’Eglise… consacrée aux femmes est également nécessaire.
Effectivement, l’intégration des femmes permettrait de promouvoir de façon créative les changements nécessaires dans l’Eglise. Une théologie et une ecclésiologie propres aux femmes changeraient l’image, le concept et les structures de l’Eglise. Elles inciteraient l’Eglise à devenir le Peuple de Dieu, comme l’a proclamé le Concile Vatican II. La créativité des femmes peut ouvrir des voies nouvelles dans la manière de concevoir une communauté chrétienne de disciples, hommes et femmes ensemble, témoins et prédicateurs de la Bonne Nouvelle.
Mais – point qui est peut-être encore plus important – l’intégration des femmes sera aussi le résultat d’efforts constants du Pape. En renouant avec Vatican II et en intégrant les pauvres dans notre Eglise, Francis donne plus de place et de poids à la voix des femmes. Personne n’est plus résilient que les femmes qui construisent et soutiennent l’Eglise dans les régions les plus pauvres de notre planète.
S’efforçant de lutter contre le cléricalisme, avec l’élitisme et le sexisme qui l’accompagnent, le Pape cherche à ouvrir la voie à une parole venue d’ailleurs, à construire un avenir qui intègre l’expérience du monde. Le contraire du cléricalisme, c’est la collaboration entre baptisés, filles et fils de Dieu.
Ces efforts ont permis d’entamer un processus d’intégration plus poussée des femmes au cœur de l’Eglise. Quels que soient les défis posés par la crise des réfugiés ou d’autres problèmes mondiaux, c’est cela qui pourrait véritablement constituer pour certains d’entre nous l’impossible.
Comme St François l’a dit lui-même : « Commence par faire ce qui est nécessaire, ensuite ce qui est possible, et tout à coup, tu fais l’impossible. » C’est dans cet esprit que nous écoutons aujourd’hui Voices of Faith et que nous entendons des histoires de résilience, de collaboration et d’intégration. Nous avons fait plus que commencer. Nous n’arrêterons plus.
Merci beaucoup pour votre attention.

Vatican
8 mars 2017

 
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