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Père Bernard Pottier: Le diaconat, - une chance pour l’église.

Père Bernard Pottier:
Le diaconat, - une chance pour l’église.

Cette conférence a été organisée par la commission ’Fra an der Kierch’, l’ACFL, la commission diocésaine pour le diaconat permanent, l’Education des adultes et la Luxembourg School for Religion and Society, le 18 octobre 2019 à la Maison d’Accueil des soeurs franciscaines.

Le Père Bernard Pottier de Bruxelles est jésuite, psychologue, philosophe et théologien. Il a édité ensemble avec Alphonse Borras un livre sur le diaconat ’La grâce du diaconat’. En 2016, il a fait partie des 12 personnes (6 hommes et 6 femmes) chargées par le pape François d’une enquête historique sur le diaconat féminin au cours des premiers siècles du christianisme. Il est actuellement le directeur du nouveau Forum Saint-Michel à Bruxelles.

La commission du pape sur le diaconat féminin a remis le rapport final des conclusions, mais le document du pape avec ses réflexions et décisions n’a pas encore été publié. A la fin du synode de l’Amazonie, qui - contrairement aux attentes de beaucoup de femmes dans le monde entier - n’a rien dit sur le diaconat des femmes, le pape a promis de réactiver cette commission pour parler du diaconat des femmes.

Le Père Pottier a fait un exposé très fondé d’historien, recherchant dans les textes de la Bible et de l’église des témoignages du diaconat féminin.

Le terme de diaconos est toujours au masculin dans la Bible. Le diaconat remonte auxActes des apôtres 6,2- 6 Les Douze ont convoqué la foule des disciples et leur ont dit: Il ne convient pas que nous délaissions la parole de Dieu pour le service de table. Choisissez sept hommes respectés parmi vous, remplis de Souffle et de sagesse, à qui nous conférerons cette tâche. (...) La foule était d’accord. Etienne, homme de foi habité par le Souffle saint a été choisi. De même que Philippe, Prochore, Nocanor, Timon, Parmenas et Nicolas, un prosélyte originaire d’Antioche. Ces hommes furent présentés aux apôtres qui, après une prière, ont posé les mains sur eux. Mais l’unique diacre, appelé par ce nom est en fait une femme, Phoebé (16,1-2 lettre de St.Paul aux Romains)! Je vous recommande Phoebé, notre soeur, servante elle aussi de l’assemblée convoquée ici, à Cenchrées.

Dans la littérature (pré-) canonique (et liturgique) en Orient, dans la Didascalie des apôtres, écrite en Syriaque vers 230, l’auteur, parle 15 fois de diaconesses qui s’occupaient de l’onction des femmes malades et des femmes au baptême. Elles étaient l’intermédiaire entre les femmes et les membres du clergé. Les diaconesses étaient parallèles au groupe des vierges et celui des veuves dans les différentes communautés. Elles étaient tantôt considérées comme membres du clergé, tantôt comme services à côté du clergé.

En principe l’Orient a gardé une tradition des diaconesses, alors que l’Occident (surtout la Gaule, - même si Helaria, la fille de Saint Rémi, et Sainte Radegonde, épouse de Clotaire Ier, étaient diaconesses -) était beaucoup plus réticent et a développé un clergé où les diaconnesses ont disparu, tout comme les prêtres mariés et les diacres permanents.

Par contre les conciles universels (comme le concile de Nicée ou celui de Chalcédoine) ont parlé encore de diaconesses, même s’il n’est pas clair si elles appartenaient au clergé ou aux laïques.

A partir du 11e/12e siècle, l’Occident rationaliste s’est séparé de l’Orient. Le schisme de 1054 entre l’église orthodoxe et l’église de l’Occident a fixé les frontières. Et en 1149 c’est le début de l’organisation occidentale de l’église, les 7 sacrements sont définis, des règles, des rites sont fixés.

Il existe beaucoup d’autres témoignages de la fonction de diaconesse, comme p.ex. les inscriptions funéraires qui mentionnent la fonction de diaconesse pour des défuntes. Les diaconesses ont peu à peu joué un rôle différent dans les monastères où des femmes supérieures ont été ordonnées diaconesses. Au cours de l’histoire de l’église, grâce à l’explosion des communautés religieuses, des congrégations diocésaines, les religieuses ont pris la relève des diaconesses.

Pourquoi le diaconat des femmes a-t-il disparu?
Le diaconat masculin n’est plus resté que comme étape intermédiaire vers l’ordination de prêtre et le diaconat permanent a disparu. La loi du célibat s’est imposée peu à peu, rendant impossible l’existence d’un clergé féminin à côté d’un clergé masculin célibataire, situation cimentée par la réforme grégorienne.
Mais la décision de Benoît XVI en 2009 de faire la différence entre le prêtre qui agit au nom de Jésus Christ, tête de l’église, et le diacre qui agit au nom de Jésus Christ, au service de l’homme, ouvre des possibilités au diaconat des femmes.

En Orient, l’église orthodoxe a réinstitué le diaconat féminin et la première ordination a eu lieu tout récemment. Ainsi l’église syriaque a aussi ordonné des diaconesses, qui sont entre autres, chantres à l’église.

Dans sa réponse aux questions posées après la conférence et au cours de la matinée de réflexion du samedi, le père Pottier a insisté sur un phénomène important: l’émancipation des femmes qui a déstabilisé les hommes, et surtout les hommes d’église et sur la peur de la différence. Même si 85% des actifs de l’église sont des femmes, le diaconat féminin n’est toujours pas admis dans l’église catholique.

Quelles pourraient être les charges des diaconesses? les mêmes que celles des diacres masculins: nous faisons les mêmes choses, mais différemment: ce seraient surtout les soins du corps et de l’âme et l’accompagnement spirituel, qui pourraient être des voies féminines.

Cette manière de faire, de se partager les choses, cette promotion mutuelle est une richesse à retrouver aussi dans l’église. Sans renoncer à se battre pour une église où hommes et femmes sont partenaires, il ne faut pas éteindre la mèche qui fume, car la résistance parmi le clergé masculin reste encore forte.

Beaucoup de femmes perdent patience devant la lenteur des changements qui seraient possibles dès maintenant: il est difficile de se contenter de l’encouragement: Patience! Patience! Patience!
Pour le Père Bernard Pottier, le dialogue et la créativité sont les deux ingrédients nécessaires pour encourager l’action commune des hommes et des femmes dans l’église.

Maggy Dockendorf

 
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