Le sens de la Procession dansante d’Echternach et sa sauvegarde Précisions utiles

A l’origine : une dévotion joyeuse et reconnaissante

On admet généralement que l’origine de la procession dansante remonte à un rituel païen qui a été repris par le missionnaires iro-scots lors de la christianisation de notre région. Thiofrid rapporte dans sa biographie de St Willibrord que d’innombrables pèlerins ont afflué à Echternach au temps de la Pentecôte. Il énumère les nombreux ex-voto qui ornaient l’église abbatiale, témoins des multiples guérisons et de prières exaucées. Lorsque, à l’époque de l’organisation des paroisses, les processions dites des croix banales furent introduites, celles-ci reprirent les rituels remontant à l’époque préchrétienne sous des formes diverses. Elles se dirigeaient vers le tombeau de St Willibrord qui, en raison de son action bienfaitrice envers le peuple jouissait d’une grande popularité. A l’origine donc, la procession servait à exprimer la reconnaissance pour les bienfaits reçus et la joie éprouvée par l’espérance chrétienne du salut éternel. Le pèlerinage se faisait autour de la Pentecôte, sorte de fête des récoltes chez les Juifs et souvenir de la naissance de l’Église pour les chrétiens. Que la procession ait été considérée plus tard comme un exercice de pénitence s’explique d’un côté par les efforts physiques demandés aux pèlerins, de l’autre par les souffrances dues aux guerres et épidémies auxquelles la population était exposée à diverses époques.

Danser ou sauter ?

La dénomination de l’événement comme « Procession dansante » n’est pas justifiée dans la réalité, car les pèlerins n’exécutent pas de pas de danse, mais avancent en sautant d’un pied sur l’autre obliquement de gauche à droite et inversement, ce qui demande un certain effort. Ils suivent ainsi l’exemple souvent cité du roi David qui « de toutes ses forces » a dansé devant l’Arche de l’Alliance. Beaucoup de groupes exécutent avec ferveur cette manière d’avancer en sautant. On le voit sur leurs visages lorsqu’ils quittent la basilique en s’essuyant la sueur de leur front. D’autres, par contre, surtout des femmes et des personnes âgées, remplacent chaque saut par deux petits pas ou des espèces de pas de danse, ce qui n’est pas tout-à-fait conforme au caractère propre de la procession. Pour certains pèlerins qui ne sont pas en mesure de faire l’effort de sauter, la possibilité existe de participer à la procession comme chanteur ou priant le rosaire.

Un air populaire devient une mélodie fascinante

Au cours du 19e siècle, la procession dansante est devenue mondialement célèbre et a connu un certain développement à la suite de la participation de sociétés de musique fondées dans les localités voisines. Le caractère originel s’est quelque peu déplacé et a donné lieu à différentes interprétations.
Ainsi la légende d’origine littéraire du « ménétrier d’Echternach » a contribué à faire reculer le sens originel de la procession au profit de la magie opérée par l’importance donnée à la musique. Le poème correspondant de Nicolas Welter, mis magistralement en musique par Lou Koster, a fait propager une conception de l’événement réduisant la procession au simple geste de St Willibrord guérissant de la maladie de St Guy les gens possédés par la mélodie fascinante. Bien que la participation à la procession ait été considérée longtemps comme une protection contre la chorée, il serait faux d’y voir le sens initial et profond de ce rituel. La mélodie primitive, constituée de 13 mesures, exécutée par quelques musiciens jouant de la flûte, du violon ou de la cornemuse, servait essentiellement à faire garder un certain rythme aux pèlerins sautant d’un pied sur l’autre. La mélodie actuelle, largement amplifiée, jouée dans toute sa longueur par des sociétés de musique bien constituées, est devenue une rengaine très populaire que certains aiment jouer dans des fêtes profanes au risque de voir les gens effectuer les pas de la procession. Or, depuis que la procession dansante a été inscrite sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel par l’UNESCO, l’utilisation de la mélodie à des fins profanes constitue un abus qu’on ne peut plus tolérer. Sauter aux accents de la mélodie de la procession n’a de sens que si cela se fait à Echternach pour passer devant le tombeau de St Willibrord en l’honneur de qui la procession est organisée.

Trois pas en avant et deux en arrière ?

Ce fameux cliché se basant sur un récit de Jean Bertholet, historien du 18e siècle et mauvais observateur de la procession, a fait que pour beaucoup de gens ce pas de danse tant cité est considéré comme le caractère distinctif et essentiel de la procession. Il est vrai que dans les temps passés, quelques-uns des nombreux groupes ont utilisé le « tripudium » connu depuis le temps des Romains (trois pas en avant et un en arrière), de sorte que la façon de faire des pas en arrière a été pratiquée par certains groupes, d’ailleurs sous différentes variantes qui, comme le fameux cliché, ne concordaient pas toujours avec le rythme de la mélodie. Par contre, un témoin oculaire digne de confiance, le juge de paix M.F.J. Muller, a rapporté qu’au début du 19e siècle on ne faisait pas de pas de recul, ce qui n’a pas empêché certains groupes, nouveaux venus dans la procession, de se croire obligés de sauter « correctement », d’après le cliché souvent répété par des journalistes inattentifs. Depuis 1949, tous les groupes sautent dans la procession en avançant toujours.

Une tradition séculaire et un témoignage de foi

En évoquant aujourd’hui la Procession dansante, il serait faux de réduire ce phénomène à la fois culturel et cultuel au cliché cité plus haut et de propager sa mélodie fascinante en l’utilisant d’une manière abusive. Même si le rituel initial, marqué par exemple par l’abaissement de la « couronne de lumière » au milieu de la nef centrale de la basilique comme gage de la rédemption dans la Jérusalem céleste, a été simplifié et se réduit à une simple bénédiction des pèlerins, le rite exécuté par des milliers de pèlerins qui avancent en sautant d’un même mouvement garde son sens profond. Comme au début, ils manifestent leur foi dans la joie et l’espérance d’une meilleure vie dans l’éternité. Même ceux qui ne participent que par respect de la tradition, se sentent à l’unisson d’un passé qui a déjà motivé leurs pères et qui a réuni pendant des siècles les habitants d’une même région au-delà des frontières.

Procession ou show ?

Depuis que l’Oeuvre Saint-Willibrord a été chargée de l’organisation de la procession en 1975 et qu’à la suite le nombre des groupes participants s’est sensiblement augmenté, on a pu constater une certaine évolution dans le comportement des pèlerins. Jamais jusqu’à cette date et encore aujourd’hui, les organisateurs n’ont émis de directive concernant la tenue vestimentaire des participants. Les hommes d’Echternach, suivant une tradition séculaire, se sont présentés en pantalon foncé et chemise blanche, ce qui s’explique par la proximité de leur domicile. Les autres pèlerins, venant de plus loin, se présentaient en tenue normale. Les femmes et les jeunes d’Echternach ont imité peu à peu la tradition (pantalon/jupe foncés, chemise/blouse blanches), de sorte que beaucoup de pèlerins croient devoir observer aussi cette tenue, alors qu’aucune règle ne leur est imposée. A partir de 1975, beaucoup de groupes de femmes se sont présentés pour participer à la procession dont certains avaient des tenues plus ou moins folkloriques que les organisateurs ont déconseillé par la suite, de peur que la procession ne dégénère en devenant une sorte de spectacle folklorique. Or, certains groupes ont néanmoins tenu à marquer spécialement l’appartenance à leur groupe en mettant un foulard d’une couleur spéciale. Par ailleurs, des groupes de jeunes se sont présentés en t-shirts blancs avec des inscriptions spécifiques. Tout récemment on a pu voir des groupes avec des t-shirts de couleur avec des inscriptions soulignant leur provenance.
Au vu de cette évolution, les organisateurs et les participants doivent se poser la question de savoir si la procession ne court pas de risque en se présentant plus colorée et spectaculaire. Est-il conforme au caractère de la procession de voir chaque groupe chercher d’une manière ou d’une autre à rendre visible leur provenance ? Ne suffit-il pas que les groupes qui se sont inscrits figurent sur la liste des participants ? Voulons-nous participer à la procession pour nous faire voir des spectateurs et nous produire dans les médias, ou nous suffit-il de nous ranger en toute modestie dans la longue file des pèlerins en communauté avec d’autres chrétiens, quelle que soit leur origine, pour témoigner joyeusement de leur foi.
Pour le moment, les organisateurs ne veulent pas intervenir en faisant des prescriptions et influencer ainsi le développement futur de la procession. Ils demandent néanmoins aux participants de réfléchir à leur manière de se présenter dans la procession. Celle-ci en tant que manifestation avant tout religieuse ne doit pas risquer d’être confondue avec un show folklorique ! Sa longue histoire et son classement par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel de l’Humanité nous obligent à rester vigilants.

 
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