L’islamophobie en question

Un entretien avec le Père Jean-Marie Faux s.j.

Le Père Jean-Marie Faux s.j., docteur en philologie romane et en théologie, a bien voulu donner une interview à cathol.lu avant sa conférence sur l’islamophobie, organisée par le groupe « Reech eng Hand » de Mamer.
Théologien reconnu - il a été professeur à l’Institut d’études théologiques (I.E.T.) -, le Père Faux est aussi bien connu pour son long engagement social et politique, en particulier à Schaerbeek dès 1978, ainsi que dans la lutte contre le racisme : il a occupé, entre autres fonctions, le poste de secrétaire général du MRAX (Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie).

Il est le fondateur du Centre d’études sociales « Centre avec » (www.centreavec.be), aujourd’hui à Etterbeek et reconnu et subsidié par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce Centre publie chaque année une étude ainsi que 15 analyses, ainsi qu’une revue trimestrielle (« En Question »). Le Centre avec a également mis sur pied, en collaboration avec l’Université Catholique de Louvain et l’Université de Namur, un « Certificat interuniversitaire en analyse sociale et développement d’alternatives en contexte socio-professionnel » à l’attention des travailleurs sociaux, employés d’une administration publique ou d’une entreprise, acteurs du monde associatif (ONG, asbl, secteur socio-culturel, institutions convictionnelles…), enseignants, représentants syndical, travailleurs du secteur médical ou de la petite enfance.

L’islamophobie hier et aujourd’hui

Selon le Père Faux, l’islamophobie est sans doute la forme de racisme la plus répandue, entendue comme la peur, le rejet, voire la haine d’une certaine catégorie de personnes considérées comme inassimilables et dangereuses du fait de leur appartenance réelle ou supposée à l’Islam.
Ce face-à-face plus ou moins hostile entre Islam et christianisme remonte à fort longtemps, depuis les croisades jusqu’à la colonisation et les récents attentats.
Avec les accords de 1964, la Belgique a fait venir de la main d’oeuvre d’hommes surtout du Maroc et de la Turquie, puis les familles se sont regroupées. Il y a maintenant 600 à 700.000 personnes de religion musulmane en Belgique, sur une population totale de 10 millions.
l’Islam des 1e et 2e générations était discret, par contre les 3e et 4e générations, de nationalité belge depuis longtemps, souhaitent un retour aux sources et une reconnaissance de leur religion, du fait aussi de la présence grandissante de l’Islam sur le plan mondial.

Islamophobie vs radicalisation

L’islamophobie prend différentes formes : discrimination par rapport à l’emploi, au nom, à l’apparence, discours et manifestations de rejet par rapport aux manifestations des différences religieuses...
Le Père Faux note que les fantasmes et les représentations ressortent depuis les attentats en France et à Bruxelles : les musulmans sont sommés de se justifier, alors que les principales victimes de l’EI sont des musulmans eux-mêmes.

Il existe plusieurs facteurs pour expliquer la radicalisation des jeunes, le plus souvent des facteurs sociaux : Bruxelles est une ville profondément inégalitaire. La population ouvrière se concentre dans certains quartiers comme Molenbeek, où, avec le déclin des industries, sévissent le chômage, l’échec scolaire et le manque de reconnaissance sociale. Le combat pour les droits sociaux de tous - classes ouvrières, exclus... - est là fondamental.

Du côté musulman, le wahabisme normatif encouragé par l’Arabie Saoudite prend une influence grandissante dans les mosquées, entraînant une rigidification de l’Islam dans des rites et des normes. Cela correspond sans doute à un besoin de certitude, de protection, de spiritualité inspirée qu’on retrouve aussi chez certains catholiques. Pourtant le djihad est à l’origine un combat spirituel intérieur pour davantage de droiture et de fidélité aux engagements du croyant.
Mais certains imams manquent de formation théologique. Le gouvernement belge devrait mieux contrôler l’enseignement coranique et lui donner de vrais moyens pour éviter le « bricolage » théologique et les interprétations dangereuses.

La place de l’Islam dans la société belge

Le Père Faux relève que la tendance est forte, dans les milieux laïcs mais c’est aussi un sujet de débat au sein des mouvements antiracistes, de rejeter toute visibilité de l’Islam dans la société pour l’individualiser et le confiner dans la vie privée. Pourtant, selon le principe de subsidiarité de la Doctrine sociale de l’Église, avoir une appartenance particulière n’empêche pas d’être un citoyen à part entière.
Créer des espaces de rencontre dans le milieu associatif, dans le monde du travail, au sein des quartiers... pourra sans doute réduire, voire éliminer des préjugés tenaces. Sans oublier que la qualité de l’intégration - une intégration mutuelle et non seulement unilatérale comme beaucoup le souhaitent encore - dépend fortement de la qualité de notre accueil.

Dominique von Leipzig

Texte de la conférence du Père J.-M. Faux s.j.
 
Service Kommunikatioun a Press . Service Communication et Presse
Äerzbistum Lëtzebuerg . Archevêché de Luxembourg

© Verschidde Rechter reservéiert . Certains droits réservés
Dateschutz . Protection des données
Ëmweltschutz . Protection de l'environnement